[Type@Paris] Entretien avec Marina Chaccur

La troisième édition des Type@Paris talks a démarré mardi 20 juin à Paris avec l’intervention de Marina Chaccur. Retrouvez l’intégralité de sa présentation et participez au prochains talks à Paris en vous inscrivant ici ou en ligne en suivant les prochaines diffusions en direct sur notre chaîne YouTube.

Adobe, partenaire de Type@Paris, vous invite à découvrir Marina Chaccur au travers d’un entretien réalisé par Dave Coleman et publié dans sa version originale (anglais) sur https://www.typeparis.com/news/qa-sessions-marina-chaccur/

Marina est une typographe et designeuse pleine de talent. Découvrez son travail ici.

https://blog.adobe.com/media_53b87c3ddb7b14671fd42b0e73a87edea00dbb54.gif

Comment vous est venue la passion de la typographie ?

Marina Chaccur : C’est le fruit de différentes expériences et d’un cheminement qui remontent aux cours de calligraphie à l’école (j’ai beaucoup d’anecdotes à ce sujet) ou encore à la machine à écrire de mon grand-père sur laquelle je jouais pendant les grandes vacances. Mais si je me suis aventurée dans cette voie, c’est sans doute essentiellement pour deux raisons. Quand j’étais à l’université, la typographie et la création de caractères commençaient à avoir le vent en poupe au Brésil, avec des initiatives comme le magazine Tupigrafia et les ateliers Tipografia Brasilis (rattachés par la suite à Letras Latinas, puis à Tipos Latinos). Je me suis retrouvée au beau milieu de tout cela, en contact avec les professionnels qui assuraient la promotion de ces événements. Sur un plan personnel, certains membres de ma famille sont très doués pour l’écriture, à tel point qu’un de mes oncles, qui était journaliste, a publié un célèbre manuel sur les techniques d’écriture. Personnellement, je n’ai pas ce talent, alors je dessine. Mais je suis toujours émerveillée par la capacité de certains à exprimer leurs idées et leurs sentiments avec brio. Je crois donc essentiellement que c’est mon incapacité à m’exprimer de belle manière avec des mots qui m’a conduite à donner forme à ceux des autres.

Je sais que vous appréciez tout particulièrement un ornement typographique appelé le kaba. Comment l’avez-vous découvert ?

Le kaba est tout simplement le meilleur ornement jamais créé ! Ce n’est que mon avis, bien sûr, mais c’est vrai.

J’ai toujours adoré la décoration et les motifs. Paul McNeil, mon tuteur de master en graphisme au London College of Communication, m’a suggéré les ornements typographiques comme thème pour mon projet de fin d’études, compte tenu de mon intérêt pour le texte et les ornements. Je me suis donc lancée dans cette recherche sans fin. Quelques années plus tard, pendant mon master en texte et médias à l’Académie royale des beaux-arts de La Haye (KABK), nous avons visité de Uitgeverij de Buitenkant et j’ai vu les épreuves d’un des deux livres sur les kaba qu’ils ont imprimés. Les croquis de Bram de Does m’ont immédiatement interpelée. J’ai eu un véritable coup de foudre pour les kaba.

https://blog.adobe.com/media_8a41ab24c11b2aa9172119686f48cf6ce8d67393.gif

Qu’est-ce qui a joué un rôle essentiel dans votre formation et votre évolution en tant que designer ? Il peut s’agir d’une personne, d’un établissement ou d’une autre ressource.

Ce que j’ai appris des autres, sans aucun doute. J’apprécie énormément le temps passé seule à tester des idées, à essayer différents outils et à repousser mes limites, mais je n’en serais pas là aujourd’hui sans avoir été au contact de tant de remarquables enseignants et professionnels tout au long de mon parcours. Je ne parle pas seulement de l’enseignement classique mais aussi des activités comme les ateliers indépendants, les débats, les conférences… et des discussions avec mes collègues, qui peuvent s’avérer extrêmement productives et enrichissantes. Tous m’ont poussée, d’une manière ou d’une autre, à remettre en question mon mode de fonctionnement et mes résultats et, au final, à m’améliorer.

https://blog.adobe.com/media_bd60882c9640df0fab7f7b0256fabfbffed7c3d1.gif

Qu’est-ce que vous appréciez dans la communauté des typographes ? Y a-t-il des aspects ou des attitudes négatives dans le secteur que vous aimeriez voir changer ?

Ah, bonnes questions ! Il y a beaucoup de générosité. De nombreux acteurs du secteur sont prêts à s’entraider et à partager leurs connaissances. À la conférence annuelle de l’ATypI à Varsovie en 2016, David Lemon a prononcé à l’occasion de son départ à la retraite un discours très émouvant qui allait dans ce sens. Malgré la concurrence, on trouve aussi de la collaboration, comme dans le cadre du développement des polices variables, par exemple. Différentes personnes et entreprises se sont associées pour créer ce format, qui est toujours en cours de développement, mais qui a déjà été présenté à un large public aux horizons divers, à différentes occasions. D’un autre côté, les tarifs bradés deviennent un modèle économique à part entière sur lequel certains s’appuient pour prospérer, et certains espaces populaires permettent aux nouveaux venus de se lancer dans la bataille tout en étant rémunérés pour leurs projets typographiques, même symboliquement. Cependant, je ne pense pas que ce soit la voie à suivre, et j’aimerais que certains se battent davantage pour défendre leur travail.

Quelles sont vos sources d’inspiration en dehors de ce métier ?

Elles sont nombreuses. Les plus évidentes sont la cuisine et la nature. Ma cuisine est un véritable terrain d’expérimentation au quotidien. Je mélange différents ingrédients et saveurs pour créer un jeu intéressant de textures et de couleurs, deux éléments qui attirent aussi mon attention lorsque je suis à la plage, dans un parc ou tout simplement en train d’admirer le ciel. En général, je ne prends pas beaucoup de photos, mais c’est le genre de sujets que j’immortalise avec mon téléphone.

https://blog.adobe.com/media_bb595e8ed00683eae31377049ea164d4784d3134.gif

Auriez-vous quelques anecdotes amusantes ou embarrassantes à nous raconter ? N’ayez pas peur, soyez franche. Nous sommes entre nous !

Ha ha ha ! Bon, d’accord. Il y a quelques années, j’ai calligraphié environ 80 certificats dans le cadre du Mohawk Show pour le compte de l’agence new-yorkaise Pentagram. Michael Bierut faisait partie des lauréats et, bien sûr, j’ai mal orthographié son nom, ce qui a donné « Beirut » (Beyrouth en anglais). J’étais tellement gênée quand ils s’en sont rendu compte ! Je me suis excusée platement et Michael l’a très bien pris, apparemment ça lui arrive régulièrement. Heureusement, je livrais par lots et bien à l’avance, et il restait du temps pour corriger l’erreur et envoyer la bonne calligraphie avec le lot suivant.

Sinon, à part la typographie… J’ai confié mes deux chats à mes parents quand j’ai quitté le Brésil. Cette compagnie me manquait, alors l’année dernière, j’ai adopté une chatte dans un refuge nommée Winfrey, que j’ai rebaptisée Oprah (pas très original, j’avoue !). À São Paulo, comme j’habitais dans un gratte-ciel, mes chats ne sortaient pas. Il y a quelques mois, j’ai publié sur Facebook un message pour dire que je m’inquiétais qu’Oprah puisse aller sur le balcon des voisins avec l’arrivée du printemps et des fenêtres ouvertes. Plusieurs personnes m’ont laissé des commentaires très sympas et m’ont donné des conseils. Je ne me doutais pas que quelques semaines plus tard, Oprah allait se lancer à la découverte du jardin et du quartier. Ces dernières nuits, elle m’a causé des frayeurs terribles, car elle se chamaille avec un autre chat dehors et met beaucoup de temps à rentrer. C’est stupide, je sais, et je finirai bien par m’y habituer. En tout cas, j’espère qu’elle continuera à revenir sans aucune égratignure.

Merci pour ces questions. C’est toujours intéressant de prendre du recul sur son évolution et ses choix personnels.

https://blog.adobe.com/media_b7c55e0e8aa9a0aaadbdb465f1d5b7daafe9018d.gif